Depuis le début de l’été 2020, Kodo Wallonie a enfin activé sa botte secrète “stages virtuels”. L’asbl a déjà plus de sept semaines d’animations en ligne et quelques rencontres scolaires en distanciel. Nous vous proposons un retour sur expérience : nos 5 conseils pour animer un atelier en ligne.

Conseil n°1 : chez soi mais chez les autres

Une visioconférence vous emmène chez vos élèves, stagiaires et inversément. Chacun·e entre dans la sphère privée des autres pour un temps. Il est important d’en prendre conscience et de trouver sa place : chez soi, chez l’autre mais aussi dans l’espace virtuel créé pour l’occasion. 

Quelques questions à se poser avant de débuter : que voulons-nous montrer de notre espace privé ? Que pouvons-nous en montrer ? Obligeons-nous nos interlocuteurs à montrer leur chez-soi ou leur laissons-nous ce choix ? 

Bien que des impératifs de présence vous feront pencher pour une caméra allumée obligatoire pour toutes et tous, il est nécessaire d’avoir cette réflexion. Tout le monde n’a pas le choix d’être dans un lieu adapté aux apprentissages. Les uns auront une barrière psychologique pour montrer leur chambre, leur maison au public. Les autres n’auront pas la capacité technique d’allumer leur caméra. 

Cette première réflexion doit mener à la seconde : qu’êtes-vous prêt·e à montrer de vous ? De votre famille ? De votre foyer ? En effet, tout le monde n’est pas résolu à faire entrer ses élèves, stagiaires dans sa sphère privée. Si vous prenez cette décision, n’oubliez pas de vérifier ce que vous montrez, ce qu’ils peuvent entendre également. 

Et chez Kodo, quelle est notre vision ? Nous n’obligeons pas les jeunes à se montrer mais nous les invitons à allumer leur webcam de temps à autre car c’est toujours plus convivial. L’animatrice en charge se montre aussi dans l’environnement qu’elle pense le plus approprié : le plus souvent un bureau (customisé tout de même!) mais parfois le salon avec la décoration “pop culture”. 

Conseil n°2 : un programme, de la flexibilité

Débuter un atelier ou un cours virtuel sans programme, c’est comme commencer une journée sans planning : difficile, voire impossible. Vous n’entameriez pas votre matinée de cours sans savoir quelle matière enseigner, dans quelle classe aller ? C’est la même chose pour une visioconférence.

Il est primordial d’avoir au moins un fil rouge afin de savoir où l’on va et de pouvoir donner des balises aux apprenants. Il faut tout d’abord se rencontrer dans un but précis, un planning complet est encore mieux. Mais pourquoi de la flexibilité ? Car c’est du virtuel ! 

Une visioconférence, c’est un moment de stress technique. Et des bugs, il y en aura à coup sûr. Pas tout le temps, pas pour tout le monde… et heureusement ! Mais il est important de ne pas oublier ces potentiels instants. Il y a aussi ces moments d’attente de questions, de réponses, de présence des élèves. L’espace virtuel n’est pas aussi instantané que la salle de classe où l’enseignant•e voit les mains se lever aussitôt, les regards d’incompréhension ou encore les apartés entre élèves. 

Au contraire de l’immédiateté de l’information sur le web, les rencontres sont ponctuées de silences parfois compliqués à gérer : que dire ? Que faire ? Attendre ou continuer le cours ? N’oubliez donc pas d’inclure ces espaces-temps particuliers et n’ayez pas peur des silences. Profitez-en pour boire un coup, manger un petit (ou un grand) biscuit, bouger un peu sur votre chaise. 

Comment gérons-nous à Kodo Wallonie ? Pour faciliter le travail de l’équipe et la compréhension des jeunes et des professeurs, nous avons toujours un planning assez complet de l’activité du jour. Nous avons dû affronter les bugs de nos systèmes mais aussi des élèves, répondre aux questions de ceux-ci … et nous tentons de prévoir le temps nécessaire pour cela. Mais nul n’est à l’abri de problèmes techniques à rallonge. Nous connaissons et respectons les silences, nous suivons même les conseils que nous vous donnons en se rafraîchissant lors des pauses.

Conseil n°3 : différentes modalités pour communiquer

Pour rebondir sur les conseils précédents, parlons des impératifs techniques de chacun·e. Il est parfois difficile de savoir la situation des apprenants tant au niveau de leur environnement que de leur matériel. Il ne leur est probablement pas possible de répondre vocalement ou de se montrer. Ou ils ne se sentent pas à l’aise de le faire pour des raisons qui leur sont propres : l’environnement scolaire n’est pas le même que celui de la maison, si tant est qu’il soit chez eux, dans leur contexte habituel.

Nous vous conseillons donc de leur proposer différentes modalités pour communiquer lors de la rencontre mais également après : chat, main levée, vocal, mail, conversation ouverte,… Cela donne à chacun·e la possibilité de choisir son moyen de transmission selon ses besoins et opportunités/contraintes.

Si toutefois vous ne vous sentez pas de jouer les modérateurs·trices en herbe avec les gifs, smileys, conversations en aparté et autres, pourquoi ne pas réaliser un moment collectif autour de la création d’une charte telle que “10 règles d’une rencontre virtuelle”. Et si vous n’en avez pas le temps, des exemples existent en ligne. Dans ce deuxième cas, il est intéressant voire primordial de prendre le temps d’expliciter les règles au groupe et de vérifier leur appropriation par toutes et tous. 

Quels que soient les choix que vous poserez, n’oubliez pas que ces moments sont aussi des retrouvailles quotidiennes, hebdomadaires entre les élèves. Les balises que vous donnerez sur les interactions seront autant d’ouvertures ou d’interdits pour leurs échanges.

Chez Kodo, quelles sont les règles ? Nous partons du principe que nous ne connaissons pas assez les situations personnelles de chacun·e pour forcer un mode de communication plutôt qu’un autre. Nous demandons d’utiliser le micro lorsque des bugs entravent la communication ou pour une aide personnelle afin d’y répondre au mieux. Le chat est ouvert et les jeunes ont libre cours tant que le respect des autres est maintenu et qu’aucune dérive n’est observée (sujets inappropriés notamment) : gifs et smileys bienvenus ! 😉

Conseil n°4 : une bonne configuration, c’est la clé !

Nous voici sur le terrain connu des plus expérimenté•es, la technique. Qui n’a pas vécu un larsen, un écho, voire même une visioconférence débutant sans micro ni caméra ? Qu’il·elle nous jette la pierre ! Voici donc une liste d’astuces à garder en tête d’après nos expérimentations :

  • Un casque avec micro, la solution pas chère et sûre… tant que le micro est d’une qualité correcte. Vous ne devez pas acheter le kit du parfait Youtubeur ni même investir dans un casque à 250€ mais cet équipement vous évitera des désagréments tels que l’écho ou les bruits parasites ;
  • Un éclairage correct, toujours sans investissement ni lumières professionnelles. Pensez juste à allumer une petite lampe près de votre ordinateur si la pièce n’a pas une homogénéité d’éclairage, naturel ou non ;
  • Les tests en amont, un bon moyen de savoir si tout va comme prévu. Nous vous conseillons de les faire en deux temps. Le premier moment, quelques heures, voire jours, avant votre rencontre afin d’éventuellement tester la plateforme et de régler votre environnement (s’il vous faut une lampe d’appoint, c’est bon de le savoir…). Le second test se fera quelques minutes avant la visioconférence, lors de l’initialisation de votre session pour les derniers réglages ;
  • La bienveillance et la pédagogie dans l’utilisation de ces outils sont de mise, envers toutes et tous. Contrairement aux croyances, les jeunes ne sont pas plus armés que les autres envers les technologies. Leur expliquer le fonctionnement d’une plateforme ou d’un logiciel de visioconférence, leur montrer qu’il faut donner l’accès au micro et à la caméra pour le navigateur, … : tant de choses à apprendre. Des tutoriels sont disponibles pour tout le monde et peuvent être partagés afin qu’ils apprennent en autonomie ;
  • Pour une utilisation plus avancée, nous recommandons aussi l’utilisation d’un second écran, voire d’un deuxième ordinateur. En effet, vous y gagnerez en clarté et vous pourrez dès lors partager votre écran en gardant un œil sur la conversation en cours. Cela demande de la pratique et nous vous invitons à tester cette pratique plusieurs fois avant le jour J. Dès lors que vous choisissez de garder un seul dispositif, nous vous recommandons tout de même d’avoir un autre appareil disponible au cas où… nous ne sommes jamais assez prudents !

Les pratiques dans l’équipe de Kodo Wallonie ? Avec peu de moyens, les résultats de nos visioconférences, webinaires et autres rencontres sont concluants. Peu de problèmes techniques graves, une lumière adéquate, bien que perfectible. Une pratique du tutoriel et du debuggage quotidienne et un ordinateur de secours toujours prêt ! 

Conseil n°5 : du peps, beaucoup de peps

Notre dernier conseil sera court mais aussi le fruit de plusieurs semaines, voire mois, de pratique : ayez du peps à revendre lors de vos visioconférences ! Une rencontre virtuelle est beaucoup plus compliquée à gérer en termes d’animation et de motivation qu’un cours classique : souvent assis·e dans notre fauteuil de bureau, seul·e avec un silence en lieu et place des réponses, avec le chat ronronnant à nos côtés. Servez-vous de vos mains, devenez des acteurs et actrices, bougez votre corps, soyez vivant·e ! 

Par contre, une heure de cours virtuel vous fatiguera deux fois plus qu’un cours en classe. Mais vous dormirez bien le soir  … et n’oubliez pas votre humour 😁